A cheval dans les vignes

Le cheval et la vigne… Des univers bien distincts, mais complémentaires, si on en croit le nombre croissant des chevaux utilisés pour le travail de la vigne, et les nombreuses associations qui militent pour une utilisation accrue de la traction animale aux dépens du tracteur. Il est ainsi de moins en moins rare, dans nos vignobles français, de croiser un vigneron en sueur, courant derrière un colossal cheval de trait, pour réaliser toute l’année différents travaux réservés il y a quelques années aux tracteurs : labourage, buttage, débuttage, décavaillonnage, sarclage…

Pourquoi choisir la rudesse du travail avec les chevaux, qui a également un coût non négligeable, plutôt que le confort des moyens modernes ? Bien sûr, on pense naturellement au respect de l’environnement, et on a raison : le travail avec les chevaux permet la préparation du sol sans émission de carbone et le désherbage sans produit chimique.  Il rend également possible l’accès à des parcelles trop escarpées ou trop tortueuses pour le tracteur. Sait-on également qu’il permet de préserver les vignes anciennes, et qu’il évite le tassement des zones racinaires provoqué par les roues du tracteur ? Enfin, il faut assister à une séance de travail dans la vigne pour voir combien le cheval est un vecteur de communication entre les anciennes générations, qui viennent partager leur nostalgie, et les nouvelles générations, heureuses de voir leur environnement respecté et préservé.

Tacante a rencontré un vigneron qui a osé le travail avec les chevaux, André Heucq. Producteur de champagne depuis 3 générations, il exploite 6 hectares de champagne dans la vallée de la Marne. Tacante a voulu comprendre le lien qui existe entre cet homme et ses chevaux de labour, et pourquoi le cheval conservait toute sa place dans le travail quotidien de la vigne.

 

Quelle relation aviez-vous avec les chevaux avant de penser à travailler avec eux dans le cadre de votre activité ? 

Quand j’étais enfant, il y avait toujours des chevaux à la ferme. J’ai toujours aimé ces

animaux intelligents. On partageait beaucoup avec eux, notamment avec Bijou et Coquette. C’était un peu mes confidents.

 

Comment vous est venue l’idée de travailler avec les chevaux ? 

Nous travaillons les sols depuis plusieurs années maintenant et certains endroits sont impraticables pour notre tracteurs. De plus, le cheval permet d’avoir un meilleur bilan carbone, ce qui est important pour nous puisque nous nous orientons vers une production bio.

André Heucq au travail ©Heucq

André Heucq au travail ©Heucq

 

Pouvez-vous nous présenter les chevaux avec lesquels vous travaillez (race, âge, caractéristiques, caractère, origine…) ? Qui vous a orienté vers ce cheval et pourquoi ? Est-ce vous personnellement qui travaillez avec ce cheval, ou préférez-vous déléguer ce travail à un autre ?  

Nous utilisons des chevaux trapus, de taille moyenne, avec une allure lente, mais endurants. Ce sont généralement des percherons. Dans la région, les deux races dominantes sont les traits auxois et les comtois. Je fais appel à un prestataire qui s’occupe du travail avec les chevaux, mais il me laisse faire personnellement un petit bout de parcelle pour le plaisir…

 

Quelle est la nature des travaux que vous accomplissez avec ce cheval ? Quels sont les travaux pour lesquels vous ne pouvez pas utiliser ce cheval ? 

Nous effectuons le labour de la vigne, c’est le seul travail pour lequel nous utilisons un cheval. Le reste des travaux est fait grâce aux outils mécaniques.

 

Quels sont les avantages à travailler la vigne avec des chevaux ? 
Cela améliore notre bilan carbone. Le travail est plus précis, le cheval tasse moins le sol. Il favorise aussi l’enracinement de la vigne.

 

Quels en sont les inconvénients ? 
Le travail avec le cheval est plus long, et il a un réel coût.

 

Comment le travail avec les chevaux peut-il avoir de l’influence sur la qualité d’un champagne ? 
Le travail des sols permet l’échange entre le racinaire et la terre qui va donner tout son sens au champagne de terroir et à son expression. 

 

Quelles sont les qualités d’un bon cheval pour le travail dans la vigne ? 
Il doit être solide, puissant, endurant et précis : nos terrains sont pentus et les vignes étroites et fragiles.

 

Quel plaisir ou sensation le travail avec votre cheval vous apporte-t-il ? Y a-t-il des points communs entre votre relation avec vos chevaux et votre relation à la vigne ? C’est déjà un plaisir des yeux de voir le cheval labourer la terre… Et puis la vigne, c’est du vivant. Le cheval aussi ! La vigne le ressent. Il y a beaucoup moins de stress avec le travail du cheval qu’avec le tracteur. En tant qu’ homme de la terre, j’ai un besoin vital de favoriser le vivant.

 

Cela vous apporte-t-il quelque chose sur le plan humain de replacer le cheval dans la vigne ? C’est un retour aux sources, à nos ascendants. Ça redonne du sens au champagne de terroir que je produis.
 

Avez-vous une anecdote sympathique à nous raconter, liée à ce travail avec les chevaux ? 

Lorsque le cheval vient labourer, ça devient l’attraction du village. Ca rappelle aux anciens de beaux souvenirs. On essaie de faire venir le cheval le mercredi pour que les enfants puissent profiter de ce spectacle…

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un vigneron qui voudrait se mettre à travailler avec les chevaux  ? 

Il faut vivre cette expérience autant pour la terre que pour soi. C’est un vrai plaisir !

Stéphanie de Forges

By Stéphanie de Forges

Enfant, je m'échappais de la vie citadine pour aller sillonner les allées forestières sur le dos de mon poney. Aujourd'hui adulte, habitant en Normandie, je m'efforce de transmettre à mes enfants mon amour pour les chevaux. Je suis passionnée par le dressage de tradition française, qui donne à la notion de légèreté une place centrale.

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