Où nous mènent les foulées Tcherkess ?

Lorsqu’en 1860 la Russie achève la conquête du Caucase, elle doit faire face à de redoutables combattants, cavaliers intrépides et guerriers valeureux, qui habitent la région depuis des temps immémoriaux : les Tcherkess.

Ce sont, autrement dit, des Circassiens, qui vivent au pied du mont Elbrouz, aux sommets enneigés, dans une région de plaines verdoyantes et de montages où la beauté des paysages est à couper le souffle.

Les Circassiennes sont réputées pour leur beauté, les Circassiens – ou Tcherkess, le sont pour leurs vertus militaires et, plus que tout autre, leur amour du cheval. La tradition rapporte que les deux cas dans lesquels la peine de mort pouvait être appliquée dans la société Tcherkess étaient le parjure et tout acte tendant à tromper sur la valeur des chevaux, leurs race et leur généalogie.

Les chevaux des Tcherkess appartiennent, plus généralement, à cette catégorie de chevaux locaux, petits et secs, aux pieds très sûrs. Ils semblent ne connaître que deux allures ; le pas et le galop. Aujourd’hui, leur type est perpétué par l’élevage du cheval Kabarde, par exemple, en Kabardino-Balakarie, dans le Sud du Caucase, au Nord de la Géorgie.

Les cavaliers Tcherkess revêtent traditionnellement une tenue de drap noir, une blouse (kalpack) avec une redingote (tsé), fermée sur le plastron par des cartouchières d’argent. Ils sont équipés, outre d’un sabre à longue lame de faible courbure (chachka), d’une dague acérée (kindjal) et d’un fouet dont la lanière est aussi longue que le manche (nagaïka). Les selles avec un pommeau et un troussequin élevés ont un siège court sur lequel un coussin épais est placé. Point caractéristique : certains étriers de bronze comportent sous leur plancher un godet permettant de boire (… « le coup de l’étrier »…) ou, dit-on aussi, de mesurer des rations.

A l’époque de la colonisation de la Circassie par la Russie – et malgré une résistance héroïque de l’imam Chamyl, de nombreux Tcherkess (700.000) émigrent vers l’Empire Ottoman. Une partie d’entre-eux (30.000) se fixe en Syrie. Ces familles conservent les usages du Caucase et transmettent les vertus cavalières. Un des proverbes les plus cités est « Pour l’honneur, donne ta vie ».

Minoritaire en Syrie, composée de plusieurs tribus – Druzes, Alaouites, etc. – ils vont contribuer, dans le cadre du mandat français des années 1920 et suivantes au Levant, au maintien de la paix en luttant contre les rebelles aux côtés des Français. On doit à un officier peu ordinaire, le Lieutenant Collet, leur ralliement à la France et leur engagement à son côté…à cheval.

Le légendaire Lieutenant Collet, surnommé « l’émir des Tcherkess » (par le Colonel de Fouquières), admiré par Joseph Kessel qui l’a rencontré à cette époque, saura les comprendre et les conduire vers la gloire. Il effectuera 25 ans de carrière en Syrie. En 1940, ce sont 20 escadrons, soit 2000 hommes, en partie montés, en partie mécanisés, que commandera le Colonel Collet.

escadrons Tcherkess en Syrie

Escadrons Tcherkess en Syrie

L’encadrement de la troupe est confié à des officiers majoritairement métropolitains, mais aussi Tcherkess. Ils mettent en valeur les qualités foncières des ces combattants remarquables qui galoperont de victoire en victoire, face à l’adversaire Druze notamment, dans les zones instables.

Leurs chevaux sont semblables à ceux du Caucase car se sont de petits chevaux robustes, aux foulées élastiques, issus de l’élevage local. Quant à leur équipement et à la tenue des Tcherkess, ils sont identiques, à peu de chose près, à ce que l’on trouve dans le Caucase.

Les bouleversements de la 2de Guerre mondiale seront dramatiques pour les Tcherkess. Au moment du retrait de la France de Syrie en 1944 et de l’abandon des populations qui lui sont fidèles, les Tcherkess seront impitoyablement pourchassés ou massacrés par les Druzes, leurs vieux ennemis. Certains émigreront en Jordanie voisine. Ainsi, retrouvons-nous aujourd’hui des Tcherkess – en tenue traditionnelle caucasienne – composant la garde d’honneur du roi Hussein !

Avec le conflit actuel en Syrie, l’existence de la communauté Tcherkess est de nouveau compromise. De nombreux Syriens d’origine Tcherkess émigrent une fois encore et certains d’entre-eux sont retournés dans le Caucase, à Nalchik en particulier, la capitale de la Kabardino-Balkarie.

Le galop des Tcherkess se confondrait-il avec le souffle d’un vent de l’Histoire ?

 

Gabriel Cortès

By Gabriel Cortès

Cavalier, passionné par l’équitation et la culture équestre, j'ai servi plusieurs années comme officier au régiment de cavalerie de la garde républicaine. Je suis le co-auteur de l’ouvrage « Equitation en tandem » (éd. SPE Barthélémy, 2009) et auteur de divers articles sur l’équitation. De nombreux séjours à l’étranger m'ont donné l’occasion de découvrir les chevaux et les cavaliers dans d’autres cultures.

Répondre

Il ne sera pas publié

 

PERSONNALISEZ VOTRE TAPIS DE SELLE TACANTE !

Cliquez ici