Vienne impériale et… équestre

Contrairement aux capitales d’Europe de l’Ouest, et notamment à Paris, la découverte de Vienne en calèche à cheval est une sorte d’institution… touristique. Cette possibilité rend l’ancienne capitale de l’Empire austro-hongrois unique en son genre. Aussi voit-on des calèches sillonner en tous sens les artères de la ville, et stationner un peu partout, surtout autour de la cathédrale et devant la Hofburg, l’ancien palais d’hiver de la famille impériale.

La présence des fiacres n’a pas seulement une vocation touristique, elle est probablement aussi ancienne que celle des cafés réputés pour leur charme – tel que Sacher, le plus connu, situé en face de l’Albertina – et leur ambiance chaleureuse propice à la lecture et à la conversation. Dans son recueil de souvenirs Le Monde d’Hier, l’auteur autrichien Stefan Sweig (1881-1942) écrivait au sujet des fiacres de son enfance cette remarque amusante :

« À cette époque des fiacres, de ces véhicules élégants et fashionables tirés par deux chevaux, le cocher se considérait comme une personnalité bien trop distinguée pour nettoyer sa voiture de ses propres mains. À chaque station se trouvait par conséquent ce qu’on appelait un “arroseur”, dont la fonction était de nettoyer les voitures. » De nos jours, semble-t-il, rien n’a changé !

De même, retrouve-t-on un peu de l’ancienne Autriche en visitant l’École espagnole, créée à Vienne en 1565. Le grand manège actuel, le manège d’hiver, bâti au cœur de la ville au début du XVIIIème siècle dans une aile de la Hofburg, est à la fois une curiosité et une merveille pour l’amateur d’équitation. Il mesure 55 m par 18 m et la hauteur de ses plafonds est de 17 m. Haut lieu – justement – de la tradition, surplombé par un portrait à cheval de l’empereur Charles VI, l’équitation à la française y est enseignée dans la continuité des principes de La Guérinière. Il faut lire à ce sujet le traité du colonel Aloïs Podhajski (1898-1973), un ancien écuyer en chef demeuré célèbre, intitulé L’Équitation.

Hofburg

Les chevaux Lippizans étaient issus à l’origine du haras de Lipica situé à présent en Slovénie, près de Trieste. Ils sont élevés de nos jours à Piber, dans la province autrichienne de Styrie. Ils brillent sous la selle d’écuyers qui leur font exécuter, seuls ou en reprise, en main ou montés, tous les airs d’équitation classique et les différents sauts d’école : croupades, levades, pesades et autres cabrioles.

Vienne fut aussi le théâtre de « chocs de cavaleries » historiques. L’un deux inspira les pâtissiers locaux qui, pour célébrer la victoire sur les Ottomans en 1683, inventèrent, dit-on, les croissants ! Les Turcs abandonnèrent alors des provisions de café que les Viennois découvrirent et adoptèrent avec le succès que l’on connaît.

Enfin, il est impossible d’évoquer Vienne du point de vue équestre sans réserver une place particulière à l’impératrice Elisabeth (1837-1898) dite « Sissi ». Cavalière passionnée et intrépide, elle fit l’admiration de tous par son élégance d’amazone hors paire et sa solidité en selle. Toute jeune, elle apprit à monter à cheval dans sa Bavière natale sous l’œil de son père, avec qui elle partageait un goût immodéré de l’équitation et du cirque.

Son père lui aurait dit un jour : « Si toi et moi n’étions pas nés princes, nous aurions été écuyers dans un cirque. »

Après son mariage en 1854 avec le jeune empereur François-Joseph, «Sissi » profita autant que possible du cadre hospitalier du château de Laxembourg pour y effectuer de longues promenades à cheval, sans escorte, avec son mari. Plus tard, il lui offrit la « villa Hermès », une sorte de relais de chasse, construite spécialement pour elle au cœur d’un immense parc non loin de Vienne. Elle y installa des écuries et une piste de cirque où elle travaillait ses chevaux en haute école. On y trouvait des Juckers hongrois, des Orlovs russes, des Anglo-arabes et des Lipizzans.

« Sissi » monta aussi beaucoup en Hongrie, au château de Gödöllő qu’elle appréciait par-dessus tout, ainsi qu’en Normandie, en Angleterre et en Irlande, mais ceci nous éloigne par trop de notre sujet du moment, des chevaux de la capitale autrichienne et autres « viennoiseries ».

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Gabriel Cortès

By Gabriel Cortès

Cavalier, passionné par l’équitation et la culture équestre, j'ai servi plusieurs années comme officier au régiment de cavalerie de la garde républicaine. Je suis le co-auteur de l’ouvrage « Equitation en tandem » (éd. SPE Barthélémy, 2009) et auteur de divers articles sur l’équitation. De nombreux séjours à l’étranger m'ont donné l’occasion de découvrir les chevaux et les cavaliers dans d’autres cultures.

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